Night in Jakarta: Warpres et Bar Code

Bonjour tout le monde!

Un petit retour sur la soirée d’hier qui fut ma foi sympa et fort longue. Allez, je vous « tease » (= je vous fais une bande annonce): On s’est retrouvé à quatre juristes à boire de la bière et à fumer (moi pas mais tous les autres si) dans des endroits bien alternatifs de la ville. Étrange d’ailleurs ce rassemblement de gens parlant avec passion du Code Civil français, c’était un peu surréaliste, d’autant que je devais être celle qui en savait le moins haha.

Donc hier, je suis allée tranquillement manger au Sate Khas Senayan qui se trouve près de chez moi. Je ne voulais pas manger trop de viande (étape post traumatique de la rencontre avec le poulet suspendu à la moto), alors j’ai opté pour des carrés de tofu fourrés aux légumes et frits. C’était fort gras mais fort bon. Bon, par contre, la vision des légumes, c’est avec une crevette au milieu, ça va que je ne suis pas végétarienne.

Petit souci avec le Blackberry, pour le moment je ne comprends pas, je n’ai même pas de quoi envoyer des sms… Chose qui n’est pas pratique. Par contre, j’ai déjà exploré plusieurs niveaux de tous les jeux qui ma fois ne sont pas mal fait du tout. Parfait pour éviter de rouiller vilainement en attendant Ivor le matin. Je Blackberry donc en attendant, car ce soir, Ivor et son ami Samot doivent venir me chercher pour aller dans l’un des endroits les plus importants de la scène alternative et de la musique indépendante de Jakarta. J’ai fort hâte d’y être, car je me demande déjà à quoi cela va ressembler.

Ivor et Samot arrivent, Mira, la petite amie de Samot, nous rejoindra par la suite. Le Warpres se situe dans le sud de Jakarta, et aujourd’hui, c’est session scène ouverte avec des groupes venant de toute l’Indonésie. Le Warpres est un endroit extrêmement important car c’est un lieu d’où ont émergés de nombreux groupes indépendants Indonésien, les producteurs y viennent faire un tour de temps en temps, et ici, on ne vient pas innocemment pour discuter et boire une bière. On est là pour écouter et pour juger de la qualité des prestations.

Dans la voiture avant notre arrivée, Ivor m’explique que Samot et lui sont tous les deux Batak, qu’ils ont tous les deux étudié le droit des affaires à l’université Catholique et que tous les deux sont rentrés à peu près en même temps chez Leks&Co. Université Catholique? Vous êtes Catholiques? Non, nous sommes protestants. Gnééé? Décidément, plus ça va et plus le pays me parait complexe. Chaque « ethnie » a sa manière de voir la religion. Ivor m’explique que les Bataks ont une religion qui leur est propre, et que lorsque les Néerlandais sont arrivés en Indonésie, ils allaient souvent étudier les coutumes Batak qui sont forts spéciales. Sur la page Wikipedia, on apprend en effet que les Batak sont Chrétiens et occupent en général de hautes fonctions dans la société. Par conséquent, je demande pour rire à mes hôtes si les Bataks ont tous des prédispositions à devenir avocats. Ivor me répond que les Bataks ont une très vieille tradition de Cour de Justice Batak. Ainsi, bon nombre des juristes les plus importants d’Indonésie sont Bataks. Puis il me rajoute en riant: « Je suis allé sur la page Wikipedia, je ne sais pas si tu y es allée, mais si oui, tu as du avoir peur, car on parle de nos pratique cannibales ». Il m’explique qu’il y a très longtemps, ces pratiques existaient effectivement, et plus particulièrement concernant certaines personnes jugées coupables par la Cour Batak. Je leur réponds alors que ce n’est pas une pratique très spécifique datant de 1000 ans qui m’effraie, que certains peuples de la région (forts rares) pratiquent encore certaines formes de cannibalisme de manière rituelle et que concrètement, même si c’était le cas pour les Bataks, je n’en aurais absolument rien à cirer. Et au fait, Ivor, ils viennent d’où les Bataks? Ce sont des familles qui sont arrivées du Yunnan lors de la guerre entre les habitants de l’Empire du milieu et les Mongols. Deux des familles ont migré ensemble, s’établissant dans le nord de Sumatra. L’autre famille s’est installée à Sulawesi.

Et puis nous arrivons au Warpres. Franchement, l’endroit a un côté extraordinaire, à moitié ouvert sur le ciel, à moitié fermé, la scène est éclairée et entourée de bassins où voguent gaiement les poissons. Nous nous installons, commandons des cafés. Je veux payer mais Ivor m’en empêche. Ici, on paye pour les invités. Oui, mais, euh, mais… Toute l’étendue de mes interjections/conjonctions en anglais, français et indonésien n’y feront rien. Je ne débourserai pas un kopek pour cette soirée. Diantre, il va falloir se venger.

Les groupes commencent à jouer vers 21h15. Trois chansons par groupe. Il y a de plus en plus de monde ici, les groupes viennent de toute l’Indonésie, certains ont fait un long voyage en avion pour pouvoir se produire ici. Tous les styles underground sont présentés: du métal au rock en passant par le funk, le rock… Globalement, tous les groupes sont techniquement très corrects. La soirée est animée par un petit monsieur extrêmement drôle, qui intervient entre les concerts. Mira est entre temps arrivée, elle étudie le droit pénal et a une voix divine. Ici, la musique, c’est beaucoup de technique, les musiciens sont franchement excellents. Le petit problème réside plutôt dans l’originalité, car il est souvent facile de rapprocher la musique jouée d’un groupe préexistant: ah tiens, funk + Maroon 5, ah ici c’est plutôt métal emo avec trois touches de prog… Ivor m’impressionne par sa connaissance très étendue des groupes internationaux. Samot me glisse: « Tu sais, Ivor est particulièrement doué en musique ». Il m’a dit qu’il jouait de plusieurs instruments, mais je ne savais pas à quel niveau. Ivor m’explique: « Quand j’étais enfant, mes parents ne voulaient pas que je joue. Quand je suis arrivé à l’école, il y avait une salle de musique et un studio, j’ai pris mon argent de poche et j’ai tout mis dans la musique. J’ai touché d’abord une batterie et on m’a dit que j’étais doué, alors j’ai continué. Et puis après j’ai touché un piano et on m’a dit que j’étais doué, alors j’ai également continué. Et puis la même pour la guitare et la basse. J’ai joué dans un groupe en temps que batteur, dans un autre en temps que pianiste. La batterie? J’ai reçu de nombreux prix, je joue surtout du Dream Theater pour m’échauffer. Quand j’ai décidé de faire passer le droit avant tout, tous les amis du milieu musical m’ont fait une tête pas possible. » Je n’ai pas osé lui demander s’il ne regrettait pas cela. Mais je crois qu’il a ses objectifs et qu’il pense que grâce au droit, il sera beaucoup plus utile à sa région natale.

Nous partons vers 23h30 de ce lieu hors du commun, pour aller un peu plus loin à Kembang, près de Blok M.  C’est un quartier très vivant et chaleureux la nuit, avec beaucoup de musique live. Nous nous installons au Bar Code, un magnifique bar ouvert sur la ville, plein de végétation, avec un excellent groupe qui joue. Ici, la musique, c’est sacré, le groupe connaît un répertoire très étendu de chansons, il suffit de demander… Nous aurons eu le droit ce soir à du U2, du System of a Down (acoustique et bien fait), du Led Zep et j’en passe.

Bar Code (désolée, luminosité très faible)

Nous tournons au pichet de Bintang, la bière locale. J’aurais adoré faire goûter des bières Belges aux amis, pour avoir leur avis sur la question. Et puis nous parlons de musique, de droit, de Leks&Co, de M.Leks qui a priori est l’un des plus brillants dans son domaine. Samot voulait plutôt travailler dans le secteur du droit bancaire, et plus particulièrement dans le recouvrement de créances si j’ai bien tout compris. Ici, je ne sais pas si cela tient aux gens que je fréquente, mais j’ai l’impression que le droit des affaires règne en maître suprême et incontesté. Je les fais rire lorsque j’évoque la difficulté d’apprendre les textes de lois indonésien, car en effet, la numérotation est un peu hasardeuse, il n’y a pas vraiment de logique. Ils acquiescent: eux même ont mis beaucoup de temps. Loi sur les limited liabilities companies: n°40 – 2007, loi agraire fondamentale: n°5 – 1960. Ici, il est très compliqué de faire changer une loi. Lorsque je leur explique qu’en droit social, il y a des nouveautés tous les jours et qu’il faut changer de code tous les ans, voire aller plaider avec son Iphone branché pour lire en temps direct les changements effectués, ils rient beaucoup. Ici, on se réfèrera encore pendant un bon moment à la loi de 1960.

Ho les beaux piquets ^^ On dirait qu'on fait une photo de classe ^^

Nous repartons vers 2h du matin, et malgré le fait qu’ils habitent dans le coin, ils me raccompagnent jusque devant la porte de chez moi. Sacrés gentils ces Indonésiens quand même. Et décidément, j’apprends beaucoup en peu de temps (et vous aussi par la même occasion : D).

Programme de demain: je n’ai pas pu refuser l’invitation pour aller assister à une messe à l’Église Batak vers 17h. J’avais été enchantée par ma découverte de la foi Chrétienne à Taïwan avec  M.Corcuff, alors autant sauter sur l’occasion: c’est pas comme si l’on me demandait de me lever à 7h demain.

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2 réflexions sur “Night in Jakarta: Warpres et Bar Code

  1. Quel magnifique carnet de voyage avec de très belles photos, dont on se demande quand tu trouve le temps de l’écrire.
    Tu devrais transformer ton blog en livre à to retour…

    • Ho, merci beaucoup Serge! Pourquoi pas pour le livre, au final, ça fait rapidement des pages. Ah ah, par contre il faudrait que je pense à faire des relectures.

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